Alcoolisme mondain : quand l’addiction devient chic.

Il y a un an, en soirée, j’entamais un débat alcoolisé avec un jeune homme sur le sujet de « l’alcoolisme mondain ». Une notion qui, pour moi, ne veut rien dire, mais à laquelle semblait tenir mon invité de l’époque.

« Je me considère comme un alcoolique mondain. Je bois quatre à cinq fois par semaine, de grosses quantités, mais seulement en soirée et pour m’amuser. »

Selon lui, être alcoolique mondain englobe une réalité spécifique qui détache les jeunes consommateurs amateurs de soirées des alcooliques de comptoir. Selon mon propre avis, cette notion a émergé pour rassurer les consciences de ceux qui consomment trop, mais ne veulent pas être mélangés à l’image classique d’un alcoolique. Pourtant, quand je tape sur Google « alcoolisme mondain », de nombreux articles sortent, certains de Santé Magazine, de Let’s Tolk, de Doctissimo. Le phénomène est étudié sérieusement.

Au-dessus du titre « Comment prévenir l’alcoolisme mondain ? » de Santé Magazine, on voit un homme d’une quarantaine d’années, un grand sourire sur les lèvres et un verre à la main. C’est le premier article que je trouve quand je lance mon moteur de recherche avec l’appellation « alcoolisme mondain ». L’image est sympathique et plutôt engageante. Quand je me rends ensuite sur le moteur de recherche d’images, les sourires envahissent mon écran. Je décide alors de changer ma recherche et de taper uniquement « alcoolisme ». L’ambiance change. Des corps avachis sur des comptoirs, des bouteilles vides, principalement des hommes.

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J’en déduis qu’il existerait deux réalités :

L’alcoolique classique : une personne qui boit seule, d’un certain âge, souvent de la classe populaire, sentant l’alcool et ayant perdu le contrôle de sa consommation.

L’alcoolique mondain : une personne qui ne boit qu’en société, plus jeune, souvent au contact du milieu étudiant ou bourgeois, réussissant à garder le contrôle.

Mais ces deux réalités sont-elles clairement détachées l’une de l’autre ?

Il existe en effet un alcoolisme social chez les jeunes adultes dynamiques — étudiants, « expatriés », jeunes parents, etc. Dans la majorité des cas, cette tranche de consommateurs se limite à des consommations occasionnelles et festives. Cependant, ces habitudes peuvent rapidement évoluer vers de l’alcoolisme — tout court — et cela sans même que nous nous en rendions compte. Afin d’étayer mon propos et pour une analyse plus objective, voilà différents critères que distingue « Addictaide » comme étant des signes d’alcoolisme. En faisant le bilan, je me rends compte que ma propre consommation « sociale » a engagé plusieurs de ces critères :

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Il est assez évident que la majorité des personnes ayant des problèmes d’addiction commence par une consommation sociale qui dérape ensuite. Mais, dans les faits, où se trouve la limite ? On distingue officiellement les deux appellations selon des critères de contexte — non pas par une différence d’effets sur le corps ni sur la vie sociale. On dit :

« Il y a l’alcool bu en bonne compagnie et l’alcool seul ». 

Mais officieusement, le contexte joue-t-il un rôle si important dans l’usage de la notion ? Est-ce que l’on dirait d’un « pilier de bar », qui ne boit qu’avec d’autres clients, dans un bar fréquenté et qui semble coller à l’image de l’alcoolique — un homme, plus âgé, habillé simplement — qu’il est un alcoolique mondain ? Je ne pense pas ! Et c’est là qu’est le vrai problème, selon moi : cette notion ne sert pas réellement à parler d’un phénomène distinct, elle crée une scission entre différents types de consommateurs à partir d’attributs socio-économiques. Elle est une excuse pour s’exclure d’une consommation jugée comme plus « honteuse » ou plus « pauvre ». 

Rappelons la définition du mot « mondain », selon le Larousse :

1. Qui est relatif à la vie sociale des gens en vue, à leurs divertissements, à leurs réunions. 

2. Qui relève des habitudes sociales attribuées à la bourgeoisie, et dans lesquelles les relations, la conversation se limitent à ce qu’il y a de plus superficiel. 

La notion est indéniablement liée — historiquement et encore actuellement — à la population urbaine et bourgeoise. L’alcoolisme mondain est donc une étiquette de privilège que s’accordent certains buveurs, mais elle n’est pas une cachette pour tous.

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